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Le professeur Jonathan Perreault et son étudiante au doctorat Emilie Boutet démystifient une fausse nouvelle sur la COVID-19

Le coronavirus créé dans un laboratoire chinois avec de l’ARN du VIH ? Faux

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28 mai 2020 // par Jonathan Perreault , Émilie Boutet
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Des articles au titre choc avec des accusations dévastatrices tournent beaucoup sur les réseaux sociaux et dans les médias. Ces fausses informations peuvent entrainer une perte de confiance envers la communauté scientifique, un lien qui est déjà fragile. Une fake news qui revient souvent : le SRAS-CoV-2 causant la maladie de la COVID-19 pourrait avoir été créé en laboratoire à partir du VIH. Nous l’avons vérifiée.

 

La COVID-19 créé dans un laboratoire ?

 

Une petite mise en contexte s’impose. Le matériel génétique des virus, des bactéries et même des humains est composé d’une chaîne de seulement quatre nucléotides, soit A, G, C, T/U (T pour l’ADN, et U pour l’ARN). Ce sont les blocs d’assemblage du matériel génétique. L’ordre de ces nucléotides encode l’information qui détermine les caractéristiques d’un organisme, un peu comme une recette. En comparant les séquences d’ADN ou d’ARN entre deux organismes, on peut établir leur ressemblance et déterminer s’il y a un lien biologique entre eux. Par exemple, votre ADN est identique à 99,9 % avec votre voisin, alors qu’il ressemble à 90 % à celui de votre chat.

 

Afin de comparer deux séquences d’ADN ou d’ARN, nous utilisons l’outil BLAST (Basic Alignement Search Tool) du National Center for Biotechnology Information (NCBI). Lorsqu’on recherche une séquence d’ADN dans cette énorme base de données, on peut savoir à quel organisme le matériel génétique appartient. L’outil BLAST permet de chercher si une suite précise de nucléotides se retrouve dans la séquence choisie. Cela nous permet ainsi de vérifier le niveau de ressemblance entre deux matériels génétiques.

 

Revenons à notre question initiale : est-ce que le nouveau coronavirus causant la pandémie a été créé à partir du VIH ? Le virus SRAS-CoV-2 et celui du VIH causant le sida sont tous deux formés d’ARN viral. En utilisant l’outil BLAST, on peut vérifier si le VIH est bel et bien relié au SRAS-CoV-2. Pour les sceptiques, vous n’avez pas besoin de nous croire sur parole, vous pourrez vous-même faire l’exercice grâce à ce tutoriel.

 

 

Une même origine ou un hasard ?

 

Il faut se rappeler qu’avec seulement quatre nucléotides possibles dans la séquence d’ARN viral, les mêmes suites peuvent se retrouver dans les deux virus par coïncidence, sans qu’ils aient la même origine. Deux valeurs nous intéressent lorsque l’on veut déterminer le niveau de ressemblance. La valeur E (E-Value) permet de savoir si les séquences de nucléotides ont la même origine biologique. Plus la valeur est petite, plus les séquences sont liées. Une autre valeur à regarder est le bit score, soit la taille requise d’une base de données de séquences dans laquelle la recherche pourrait être trouvée par un simple hasard. Plus grande est la valeur du bit score, plus il y a de chance que ce ne soit pas dû au hasard.

 

Après avoir comparé le SRAS-CoV-2 et le VIH, les valeurs E sont plus grandes que 1 et les valeurs de bit score sont faibles. Pour pousser l’exercice, une comparaison a aussi été faite avec l’ARN d’une grenouille. Les chiffres ont parlé : le matériel génétique du SRAS-CoV-2 est plus similaire à celui d’une grenouille qu’à celui du VIH. Devrions-nous commencer à crier sur tous les toits que le virus a été créé à partir d’une grenouille ? Évidemment pas. Il y a plusieurs autres critères à considérer, comme le cadre de lecture qui sert à produire les protéines.

 

Le matériel génétique est lu par bloc de trois nucléotides. Si nous avons les mêmes séquences, mais selon un cadre de lecture différent, ce ne sera pas la même protéine qui sera formée. Prenons en exemple la phrase « Ça va bien aller ! ». Si l’on change le cadre de lecture en lisant à partir de la deuxième lettre, décalant ainsi le reste des lettres, elle perd tout son sens : « av ab iena ller! ». C’est un peu le même principe avec le matériel génétique.

 

Ces théories de conspiration sont dangereuses, car elles sèment des doutes et détournent l’attention des vraies causes de la pandémie. Cela pourrait nuire à des actions futures pour éviter une nouvelle pandémie. Heureusement, nous pouvons tous avoir un impact pour ralentir la propagation de ces nouvelles trompeuses. Avant de partager des théories de conspiration, prenez le temps de valider les sources et de vous questionner sur la véracité des propos en lisant des articles scientifiques revus par les pairs. C’est ainsi que nous pourrons ralentir la propagation de nouvelles trompeuses.

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