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By communications - Posted on 30 juin 2016

La science au service des blessés 
L'effort de guerre d'Armand Frappier 

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Le sang et ses substituts

 
Un des principaux enjeux médicaux de la Deuxième Guerre mondiale est de sauver le plus de soldats possible, et cela signifie avoir rapidement accès à de grandes quantités de sang. Cependant, certaines des opérations médicales qui permettraient de sauver plus de vies, comme la transfusion sanguine, comportent de nombreuses contraintes. Cette technique, en effet, permet de restaurer le volume sanguin des blessés, à la suite de blessures graves. Or, dans les années 1940, la compatibilité entre les groupes sanguins recèle encore certains mystères entraînant l’échec, parfois tragique, de certaines transfusions, même entre patients supposément compatibles. Autre obstacle, à l’époque le sang ne se conserve qu’au maximum deux semaines et suivant des conditions atmosphériques particulières. Son transport et son stockage étant très difficiles, la solution qui retient l’attention des scientifiques est celle des substituts du sang, comme le plasma ou le sérum. 
 
À la différence du sang, le plasma et le sérum ne présentent pas d’incompatibilité entre donneur et receveur, car ils sont débarrassés des cellules sanguines responsables des réactions immunitaires. Aussi dès la fin des années 1930, des comités sont mis en place et on étudie les substituts sanguins en Grande-Bretagne, aux États-Unis et au Canada, avec le Dr Best de l’Université de Toronto. Préférés au sang, ces substituts commencent alors à être produits à grande échelle. De plus, on utilise sur eux une technique encore nouvelle à l’époque, la lyophilisation, afin de les déshydrater, dans le vide et dans le froid. Plus légers que le sang liquide, ces produits se transportent plus facilement. Ils peuvent aussi se conserver sur de longues périodes et être entreposés sous toutes les conditions atmosphériques. On peut les administrer aux patients immédiatement, avec l’ajout d’eau stérile. Tout comme le sang, ils rétablissent le volume sanguin perdu et évitent ainsi les chocs traumatiques chez les blessés.
 

Les laboratoires Connaught

 
Les laboratoires de recherche médicale Connaught de l’Université de Toronto ont des objectifs similaires à ceux de l’Institut de microbiologie. Fondés en 1914, ces laboratoires souhaitent développer la recherche en médecine préventive et en hygiène publique, mais aussi promouvoir l’enseignement de ces domaines. Suivant le modèle de l’Institut Pasteur de Paris, la recherche et l’enseignement sont financés grâce à la vente de produits biologiques, ce qui inspirera également l’Institut de microbiologie. 
 
À la suite des recherches du Dr C. H. Best de l’Université de Toronto, les laboratoires Connaught bénéficient de l’aide du gouvernement fédéral et de la Société de la Croix-Rouge canadienne, afin de produire, dès janvier 1941, le sérum normal humain desséché à destination des soldats canadiens et alliés. Les dons de sang, qui permettent de préparer le sérum humain, ne vont cesser d’augmenter tout au long de la guerre, obligeant les laboratoires Connaught à augmenter, à plusieurs reprises, les espaces dédiés à l’effort de guerre et à acquérir de nouveaux équipements afin d’être plus productifs. En plus de produire le sérum humain desséché, ils préparent la pénicilline à destination des Forces armées. Ils continuent néanmoins à produire d’autres produits biologiques, comme le vaccin typhoïde-paratyphoïde ou encore l’insuline, et à conduire leurs recherches en médecine préventive et en hygiène publique. 
 
Les laboratoires de Toronto fournissent, pendant tout le conflit, une productivité élevée et soutenue comme le montrent les chiffres de l’année 1944. Cette année-là, les laboratoires Connaught reçoivent 868 684 dons de sang et de sérum à traiter. Ils expédient, dans les réserves médicales à Ottawa et directement sur le front, en Grande-Bretagne, 184 436 bouteilles de sérum humain desséché. Après la guerre, ils poursuivent leurs activités de recherche et de développement avec, entre autres, le fractionnement du sang et la lutte contre la poliomyélite.